Episode 14 – Les chiens aiment-ils les caresses ?

Lien d’écoute : https://podcast.ausha.co/dans-la-tete-des-chiens/episode-14-les-chiens-aiment-ils-les-caresses

Bonjour et bienvenue sur le podcast dans la tête des chiens, un moment unique pour mieux comprendre votre chien et enrichir votre relation avec lui. Dans cet épisode nous aborderons les l’effet du contact tactile sur les chiens.

Bonne écoute

PS : on voit bien que ça fait longtemps que je n’ai pas enregistré + j’ai traduit les termes dans ma tête.

(Cette retranscription n’est pas totalement parfaite j’en suis désolée mais les points importants y sont abordés 😊)

Introduction

Pour ceux qui ne savent pas, mon sujet de thèse (que je soutiens le 1er avril) s’intéresse à la médiation animale. Plus exactement j’étudie les facteurs de risque pour le bien-être des chiens travaillant en médiation animal avec un accent particulier pour les interactions. L’effet du tactile est donc un peu mon sujet premium.

On adore tous faire des câlins à nos chiens et nos animaux plus globalement. Ils sont doux, ils sont chauds et y’a un truc méga réconfortant dans ces moments. Pourtant, on voit beaucoup de photos en mode « mooooh trop mignon mon enfant et mon chien s’adorent » où on voit un enfant qui fait effectivement des câlins à un chien et il kiffe mais quand on regarde la tête du chien on est en mode « ah oui non on est sur un bon regroupement de signaux d’apaisement ». Celine du blog Hund avait d’ailleurs fait un article là-dessus que j’avais beaucoup aimé à l’époque qui s’appelle « prouver que son chien est cool avec les enfants » : https://hund.fr/actualites/prouver-que-son-chien-est-cool-avec-les-enfants/76/.

En conférence, je montre toujours la même photo, que je mets aussi en barre d’infos parce que je trouve ça bien dommage de ne pas la partager en mode podcast. Je montre 2 versions. La première, on voit donc plusieurs photos d’un enfant en train de faire un câlin à un chien, on voit d’ailleurs bien que les parents ont participé au positionnement de la photo. Je demande aux gens s’ils trouvent ça mignon. Evidemment, ceux qui ne s’y connaissent pas trop en comportement du chien sont en mode oh oui !

Sur la diapo suivante j’y note les signaux de stress du chien et là tout de suite comprend : on n’est pas loin du drame avec ces photos. Si vous ne voyez pas pourquoi, je vous invite à écouter l’épisode sur les signaux d’apaisement et l’échelle d’agressivité:)

Certains chiens dans certaines conditions aiment évidemment être caressés : Bocuse et Eliott adorent les gratouilles sur les fesses, juste être collés l’un à l’autre etc. On fait régulièrement des tests de consentement pour voir si c’est toujours ok, je vous ferais une petite vidéo sur insta pour que vous voyez.

  • Caresser un chien fait du bien aux humains. Il y a évidemment des bienfaits émotionnels et même physiologiques pour les humains lorsqu’ils caressent des animaux (ex : Ward-Griffin et al., 2018). Cependant, ce n’est pas la question ici 😉
  • En réalité, le contact tactile est très primates, les chiens vont plutôt utiliser les canaux visuels et olfactifs dans leurs contacts avec d’autres animaux.
    • Les humains ont donc tendance à initier le contact en touchant le chien, particulièrement les personnes inconnues dans la rue. Certains chiens vont évidemment bien aimer ce contact mais en vrai, la majorité vont soit prendre sur eux, soit exprimer leur mécontentement en grognant ou en aboyant. D’ailleurs si vous en avez marre que votre chien se fasse tripoter dans la rue, je vous renvoie vers l’entreprise canicode qui nous a changé la vie : https://canicode.fr/produit/canicode/
    • Chez les chiens, le tactile est réservé à du contact affiliatif très proche : grooming (donc les papouilles entre eux), les rapports sexuels, les jeux ou de la baston, avant ça on a tous vu que nos chiens font plutôt une danse visuelle avant d’interagir directement. Ils se regardent, envoient chacun des comportements pour dire soit qu’ils sont dans un bon mood, soit qu’ils ne sont pas à l’aise, ils se reniflent, puis se touchent uniquement après. Comprenez alors la violence d’arriver en frontal et de poser sa main sur la tête d’un chien.
    • Évidemment, les chiens avec environ 30 000 ans de domestication ont appris à vivre dans des environnements humains et à interagir avec nous. C’est ce qu’on voit avec les effets positifs du langage adressé à l’animal et sur les capacités des chiens à être attentif à notre gestualité, pointage etc. La plupart se donc habitués à apprécier le contact humain.
    • MAIS on est tous d’accord que ça n’est pas pareil d’être touché par SON humain ou par DES humains.
    • Dans tout ce dont je parle, je n’évoque pas des gestes totalement inappropriés des humains sur les chiens tels que prendre son chien par la peau du coup, mordre l’oreille de son chien ou l’alpha roll. Cependant, même en voulant bien faire, quelques études ont montré que les propriétaires de chiens ont du mal à reconnaître les signaux subtils de stress chez leur chien (Kerswell et al., 2009; Mariti et al., 2012). Il est donc difficile pour certains humains de savoir quand une caresse fait du bien ou que le chien prend sur lui. Connaître les signaux des chiens et réussir à arrêter une interaction qui ne plaît pas au chien évite donc qu’on en arrive à une morsure.
  • Et d’ailleurs, pour rappel, tous ces moments câlinoux avec votre chien doivent représenter un bénéfice mutuel, sinon ça gâchera votre relation.
  • Je lis d’ailleurs des trucs où on parle de la caresse comme une récompense. Je ne suis vraiment pas sûre, pour certains chiens sûrement mais globalement les chiens semblent préférer une récompense à la voix + bouffe qu’un contact tactile. Mais là encore ça dépend des chiens et c’est en apprenant à observer votre chien que vous saurez.

Etudes

En bref, pour cet épisode, je vous ai fait une petite sélection de 3 études de chercheuses sur justement l’effet de ce contact tactile sur les chiens.

Kuhne et al. (2012, 2014a, 2014b): effets de la familiarité humain-chien sur les réponses comportementales aux caresses

La première étude qui en réalité regroupe 3 études, porte sur 24 chiens de volontaires. Ces chiens étaient de races variées, avec des parcours de vie différents ainsi que leurs niveaux d’éducation.

  • Objectifs :

Leurs objectifs étaient de voir si la familiarité entre l’homme et le chien exerçait une influence sur les réponses comportementales des chiens aux interactions tactiles. Leur hypothèse était que Nous que le fait de caresser certaines parties du corps du chien aurait un effet sur les réponses comportementales avec des comportements redirigés des activités de déplacement, ainsi que des signaux d’apaisement. Je vous mets donne donc les exemples. Ils ont prédit que la familiarité avec l’humain, le fait de caresser le chien autour de son poitrail et la réduction des formes de contrainte sont des conditions préalables à des interactions homme-chien agréables. La fréquence et la durée des réponses comportementales des chiens ont servi d’indicateurs de l’état émotionnel des chiens.

Les comportements observés étaient :

  • Les comportements redirigés
  • Les activités de déplacement
  • Les signaux d’apaisement
  • Les comportement d’approche sociale

(je les décris dans l’épisode)

  • Procédure :

Les chiens ont été testés séparément. Chaque chien a été exposé à neuf interactions différentes, soit par une personne familière, soit par une personne non familière. Chaque séquence de test a été réalisée pendant 30 secondes et l’intervalle entre les essais a été fixé à 60 secondes. Les neuf séquences de test étaient les suivantes :

1) caresser le chien sur l’épaule (« épaule »),

2) caresser le chien sur le côté latéral de la poitrine (« Poitrine »),

3) caresser le chien sur la partie ventrale du cou (« Cou »),

4) caresser et tenir le chien couché au sol (« Sol »),

5) tenir une patte antérieure du chien (« Patte »),

6) caresser le chien sur le dessus de la tête (« Tête »),

7) gratter le chien à la base de la queue (« queue »),

8) tenir le chien par le collier (« collier »),

9) couvrir le museau du chien d’une main (« museau »).

  • Résultats :

Les résultats suggèrent que la familiarité avec le maître-chien a un effet sur les gestes d’apaisement des chiens et réoriente les comportements vers des interactions tactiles entre humains et chiens.

Il y a donc eu des différences de fréquence et de durée sur les signaux d’apaisement, les comportements redirigés et les comportements d’approche sociale entre les groupes familiers et non familiers. Pour résumé, les comportements redirigés et signaux d’apaisement étaient significativement plus fréquents et plus longs si la personne était familière au chien. Particulièrement dans les interactions : tenir la patte du chien, tenir le chien par le collier, couvrir le museau avec la main, caresser sur la tête ou l’épaule, maintenir le chien au sol.

Les auteurs mettent en avant que. Effectivement, les chiens n’aiment pas être caressés sur certaines zones tels que le haut de la tête. Alors dans cet article ils disent que c’est parce que ces comportements peuvent être apparentés à des comportements de dominance entre chiens. Après tout ce qu’on a vu, on comprend que c’est surtout parce que ça n’est pas agréable et que c’est des gestes un peu bizarres et typiquement humains : tapoter sur le haut de la tête.

C’est quand même drôle qu’ils envoient plus de signaux de stress avec familiers qu’inconnus non ? Ça ne correspond d’ailleurs par avec l’étude de Palestrini et al. (2005) qui a montré que les chiens montraient plus de réponses de stress avec des non familiers.

Mais alors ? Cela est probablement lié au fait que les chiens prennent le temps de signaler leur inconfort à leur humain. Comme on l’a vu dans l’épisode sur les signaux d’apaisement, le principal but de ces signaux est d’empêcher un conflit ou de l’apaiser, les chiens utilisent donc ces signaux quand il y a moyen que les choses se calmes.

Il faut donc retenir que

  1. les chiens n’apprécient pas certaines formes de contact tactile avec les humains dont certaines relativement communes
  2. ils prennent le temps de le communiquer avec leur humain familier.

Mariti et al. (2018) – effets d’une caresse avant une séparation

On va dans quelque chose de plus spécifique, mais vu le gros débat entre caresser son chien ou non avant le départ, je me suis dit que ça serait bien de parler de cette étude. Évidemment, d’autres études sont nécessaires sur le sujet mais c’est une bonne base. En outre, la séparation s’est avérée être l’un des stimuli les plus fiables et les plus puissants pour produire une réponse au stress, et elle est largement utilisée comme modèle expérimental pour induire le stress.

L’objectif de la présente étude était d’évaluer si le comportement et la physiologie du chien lors d’une brève séparation avec son propriétaire étaient modifiés par des caresses avant le départ du propriétaire.

L’étude porte sur 10 chiens, sans anxiété de séparation qui ont été séparés pendant 3 minutes de leur humain avec une séance de 1 minute de caresses ou sans les caresses. Les comportements étaient codés en continu et la salive était prélevée 15 min après la séparation pour évaluer le niveau de cortisol. Les résultats montrent que pendant les deux procédures, les chiens ont passé beaucoup de temps à chercher leur humain et ne semblaient pas très stressés par la séparation (faibles niveaux de cortisol salivaire et intensité et fréquence relativement faibles des signaux de stress).

Lorsque les chiens ont été caressés avant la séparation, ils ont affiché des comportements indicatifs de calme pendant une période plus longue en attendant le retour du propriétaire, et leur fréquence cardiaque a montré une diminution marquée après le test.

À retenir : caresser un chien avant une brève séparation avec son maître peut avoir un effet positif, rendant le chien plus calme pendant la séparation.

McGowan et al. (2018) – effet d’un temps de caresses de 15 minutes sur des chiens de refuge

Enfin, nous allons parler d’une étude sur les chiens de refuge. L’étude a porté sur 55 chiens et portait sur 15 minutes de caresses avec 1 à 5 volontaires. Les comportements et la fréquence cardiaque étaient enregistrés pendant toute la séance et le niveau de cortisol salivaire était évalué avant et après chaque séance.

Les volontaires avaient des lignes directrices pour les interactions :

Chaque session était dirigée par le chien, en ce sens que le volontaire humain n’incitait pas le chien à interagir, mais attendait plutôt que le chien prenne l’initiative de l’interaction. Les chiens ont été classés dans l’une des trois catégories d’interaction en fonction du temps passé en contact physique avec le bénévole. temps passé en contact physique avec le bénévole : très engagés (>75%), modérément engagés (50-75%) ou indifférents (<50%).

Les résultats n’indiquent pas de changement significatif dans les concentrations de cortisol salivaire entre le début et la fin de la session. Cependant, lorsque l’on compare l’activité cardiaque et les comportements des deux premières minutes aux deux dernières minutes de la session, les chiens ont présenté une diminution de la fréquence cardiaque et des changements dans le comportements associés à un état de relaxation positif.

Bien qu’elles ne soient pas statistiquement significatives, des différences ont été constatées dans les réponses en cortisol des chiens des trois catégories d’interaction. cortisol chez les chiens des trois catégories d’interaction, qui peuvent être biologiquement pertinentes. Il est intéressant de noter l’augmentation notable du cortisol pour les chiens qui ont passé le moins de temps en contact avec le volontaire, ce qui avec le volontaire, ce qui contraste avec la diminution des niveaux de cortisol pour les chiens des deux autres catégories cela dépendait des expériences passées du chien

à retenir : oui des interactions positives de seulement 15 minutes peuvent avoir un effet positif sur les chiens de refuge.

Conclusion

Je vous ai présenté 3 recherches qui traitent de sujet un peu différents pour vous montrer que tout n’est pas tout noir ou tout blanc, et que le fait qu’un chien aime des caresses dépend de l’individu mais aussi du contexte.

à retenir : les caresses peuvent être positives si elles sont adaptées mais elles peuvent être stressantes, particulièrement les caresses restrictives

Encore une fois, il est nécessaire d’apprendre à observer son chien : qu’est-ce qu’il aime, qu’est-ce qu’il n’aime pas et s’adapter.

ET d’éduquer les humains qui entrent en contact avec votre chien et n’hésitez pas à tenir à mettre un signe distinctif sur votre chien ça peut beaucoup aider

J’espère que cet épisode vous a plu et qu’il vous a appris des choses.

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Vous pouvez aller lire la retranscription complète sur le blog où souvent je rajoute des petites illustrations et des références. Vous pouvez vous inscrire aussi sur le groupe Facebook pour être au courant de la sortie de chaque épisode et participer aux échanges et vous abonnez à notre instagram pour suivre notre petite vie de famille

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Je vous souhaite une bonne journée et des caresses consenties à vos toutous

Références

Kerswell, K. J., Bennett, P. J., Butler, K. L., & Hemsworth, P. H. (2009). Self-Reported Comprehension Ratings of Dog Behavior by Puppy Owners. Anthrozoös, 22(2), 183‑193. https://doi.org/10.2752/175303709X434202

Kuhne, F., Hößler, J. C., & Struwe, R. (2012). Effects of human–dog familiarity on dogs’ behavioural responses to petting. Applied Animal Behaviour Science, 142(3‑4), 176‑181. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2012.10.003

Kuhne, F., Hößler, J. C., & Struwe, R. (2014a). Behavioral and cardiac responses by dogs to physical human–dog contact. Journal of Veterinary Behavior, 9(3), 93‑97. https://doi.org/10.1016/j.jveb.2014.02.006

Kuhne, F., Hößler, J. C., & Struwe, R. (2014b). Emotions in dogs being petted by a familiar or unfamiliar person : Validating behavioural indicators of emotional states using heart rate variability. Applied Animal Behaviour Science, 161, 113‑120. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2014.09.020

Mariti, C., Carlone, B., Protti, M., Diverio, S., & Gazzano, A. (2018). Effects of petting before a brief separation from the owner on dog behavior and physiology : A pilot study. Journal of Veterinary Behavior, 27, 41‑46. https://doi.org/10.1016/j.jveb.2018.07.003

Mariti, C., Gazzano, A., Moore, J. L., Baragli, P., Chelli, L., & Sighieri, C. (2012). Perception of dogs’ stress by their owners. Journal of Veterinary Behavior, 7(4), 213‑219. https://doi.org/10.1016/j.jveb.2011.09.004

McGowan, R. T. S., Bolte, C., Barnett, H. R., Perez-Camargo, G., & Martin, F. (2018). Can you spare 15 min? The measurable positive impact of a 15-min petting session on shelter dog well-being. Applied Animal Behaviour Science, 203, 42‑54. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2018.02.011

Ward-Griffin, E., Klaiber, P., Collins, H. K., Owens, R. L., Coren, S., & Chen, F. S. (2018). Petting away pre-exam stress : The effect of therapy dog sessions on student well-being. Stress and Health, 34(3), 468‑473.

Blog hund : https://hund.fr/actualites/prouver-que-son-chien-est-cool-avec-les-enfants/76/

Signaux d’ap et échelle d’agressivité

Canicode : https://canicode.fr/produit/canicode/

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