Conférence IAHAIO (2021)

Pour ceux qui ne savent pas, l’IAHAIO (International Association of Human-Animal Interaction Organizations) c’est une association internationale qui s’intéresse à tout ce qui est lié aux interactions humain-animal, et donc à la médiation animale ! Ils s’intéressent aux praticiens mais aussi aux formations, à la recherche, au bien-être des animaux impliqués etc. L’association Licorne & Phénix ainsi que la fondation Adrienne & Pierre Sommer y sont affiliés 😉

Je sais que ce type de conférences ne sont pas forcément accessibles, c’est en anglais, souvent des scientifiques qui parlent et ça coûte de l’argent. Du coup je me suis dit que sans tout spoiler ça serait bien de faire un petit résumé.

Comme d’habitude je ne mets pas toutes les présentations parce que je n’ai pas pris de notes sur tout et que, honnêtement, 2 jours entiers de conférence, mon cerveau était un peu plein.

Historique et futur de la médiation animale (Dennis Turner)

Voici le résumé qu’il a donné : « Il s’agira de ma dernière grande conférence internationale, une sorte de bilan et de point de vue en tant qu' »ancien » dans le domaine des relations homme-animal. Je vais réfléchir aux  » géants du domaine  » d’origine et mentionner ce que je considère comme les études marquantes qui ont contribué à faire de l’anthrozoologie une discipline académique reconnue ; le travail des praticiens dans les institutions sociales qui a conduit historiquement à la fondation de l’IAHAIO par les organisations membres d’origine et indirectement à la fondation de l’ISAZ ; la professionnalisation de la formation dans le domaine, y compris l’accréditation des programmes de formation par l’ISAAT et l’ESAAT ; le développement de normes pour les meilleures pratiques et le développement et le contrôle de la qualité ; la recherche sur l’efficacité des interventions et les mécanismes expliquant leur succès ; et le financement de la recherche fondamentale et appliquée sur les interactions homme-animal. Des revues spécifiques au domaine se sont établies et des premiers postes universitaires ont été créés. Un thème a toujours accompagné et fait progresser le domaine et ne devrait jamais être oublié : l’importance de l’approche interdisciplinaire tant dans la recherche que dans les programmes. Du côté de la recherche, les universitaires et les praticiens ont commencé à coopérer, et devront le faire encore plus souvent à l’avenir ; et du côté des programmes appliqués, ils ont toujours bénéficié de la participation d’experts de diverses disciplines et de toutes les parties prenantes. Il est maintenant temps pour la jeune génération de reprendre le flambeau de ces « géants du domaine » et de continuer à s’appuyer sur le passé tout en apportant de nouvelles idées et méthodes dans ce domaine toujours passionnant où de nombreuses découvertes attendent d’être faites au coin de la rue. »

Plusieurs choses importantes ont été dites :

  • La popularité peut être dangereuse pour la pratique de la MA car on se retrouve avec des intervenants peu préparés et une pratique peu encadrée (qui ne protège donc pas les bénéficiaires, les animaux mais également les intervenants qui peuvent se retrouver dans des situations qui les dépassent)
  • La MA se doit d’être pluridisciplinaire car elle concerne évidemment des humains avec des pathologies diverses mais aussi des ANIMAUX qui sont au centre de cette pratique
  • Toujours le besoin de parfaire les définitions et de donner des lignes directrices
  • Il a évoqué la nouvelle génération de chercheurs mais surtout de chercheuSES ainsi que la nouvelle génération d’intervenantES mettant en avant le fait que les femmes prennent le lead de cette pratique
  • Enfin, il suggère qu’il y ait plus de collaboration au sein de cette pratique que ça soit entre les milieux de la recherche et du terrain -ce que je fais dans ma thèse 😀 – mais aussi entre les intervenants et les différentes associations qui essaient d’encadrer la MA

« It’s all about relationship » (Nancy Parish-Plass, Jo Frasca, Meg Kirby et Katarina Lundgren).

« Ce symposium réunit quatre experts du monde entier dans le domaine de la psychothérapie assistée par l’animal, tous imprégnés de théorie, de formation et de pratique dans ce domaine. Bien qu’elles reconnaissent toutes le rôle essentiel des nombreuses relations qui se produisent dans le cadre dans le processus thérapeutique, elles mettent chacune l’accent sur ces relations. Dans ce symposium, les participants seront exposés à ces points de vue et seront invités à participer, avec les présentateurs, au dialogue qui s’ensuivra.

S’appuyant sur la psychothérapie relationnelle de la Gestalt et la thérapie somatique des traumatismes, Meg Kirby présentera son approche de la psychothérapie assistée par les chevaux, dans laquelle les clients vivent et explorent les relations avec les chevaux et le thérapeute comme une « expérience en direct » dans laquelle les clients vivent des relations sûres, mutuellement bénéfiques et conscientes, ce qui conduit à des résultats thérapeutiques positifs. Meg présente un modèle dans lequel le rôle du cheval et de l’animal, ainsi que les relations développées dans le cadre du PAE/PAA, servent d’agent de changement qui fait avancer le processus de psychothérapie.

Jo Frasca expliquera comment les animaux dans l’environnement de la psychothérapie peuvent jouer le rôle de « pont » de l’inconscient au conscient, du dissocié à l’expérimenté, de l’intrapsychique à l’interpersonnel, pour former une nouvelle version de la pratique psychanalytique relationnelle, menant à la symbolisation de la capacité relationnelle, à la percée thérapeutique et au changement intrapsychique.

Venant d’une approche intersubjective de la psychothérapie assistée par le cheval, Katarina Felicia Lundgren discutera comment l’interaffectivité (conduisant au sentiment d’être compris), l’interattentionnalité (partageant l’attention et se préparant à agir ensemble, et l’interintentionnalité (conduisant à la capacité de prendre la perspective de l’autre et de négocier) entre le client, le cheval, le praticien du cheval et le thérapeute dans leurs relations mutuelles (en mettant l’accent sur les relations avec le cheval) améliorent le processus thérapeutique.

Nancy Parish-Plass présentera une approche de la psychothérapie dans laquelle la présence d’une variété d’animaux, chacun avec sa propre personnalité, crée un laboratoire de relations qui améliore les aspects relationnels de la psychothérapie psychodynamique pour les enfants et fournit des opportunités uniques pour travailler sur les problèmes émotionnels, pour atteindre la compréhension, le changement et la pratique de nouveaux comportements et cognitions. Elle abordera également les implications des aspects neurobiologiques du lien humain-animal dans le processus du PAA. »

  • Elles ont fait part de leur expérience en MA et des situations où l’animal avait vraiment permis de rentrer en contact avec des bénéficiaires difficiles d’accès
  • Entre autres, Nancy Parish-Plass a parlé de son expérience avec des enfants maltraités qui ne font plus confiance aux adultes mais arrivent quand même à créer du lien avec leur thérapeute quand ils voient que celui-ci prend soin de son animal (soin au sens physique mais surtout affectif)
  • Meg Kirby a présenté son travail en Australie avec différentes espèces et entre autres son travail en extérieur dans le sanctuaire de kangourous qu’elle gère
  • Là, a eu lieu une discussion sur l’importance de pouvoir sortir les bénéficiaires de leur milieu habituel, de les remettre en contact avec la nature
  • Enfin Karina Lundgren a parlé d’intersubjectivité dans la relation entre le bénéficiaire et l’animal : on se voit dans l’animal, on voit ceux qu’on a rencontré dans notre vie, on voit l’Autre, on voit « nous » (=notre relation avec l’animal)

Importance de laisser le choix aux animaux dans la pratique de la MA avec plusieurs piliers (Sara Karlberg et Tess Erngen)

« Peut-on donner aux chiens de travail social un sentiment d’autonomie ? Cela se traduirait-il par une intervention plus efficace ? Tous les chiens ont-ils une motivation innée pour le travail social ? Dans quelle mesure est-il éthiquement acceptable d’utiliser des chiens dans le but d’aider les humains ?

La science montre que donner à un individu le choix et le contrôle de sa vie réduit le stress et augmente le bien-être. C’est pourquoi nous pensons que le fait d’apprendre aux chiens de travail social à choisir quand et comment interagir avec les clients, ainsi qu’à communiquer les comportements de démarrage et d’arrêt, améliorera le bien-être de ces chiens.

Dans cet exposé, Sara Karlberg et Tess Erngren s’appuieront sur la science existante et sur des exemples pratiques pour explorer les possibilités d’application du choix et du contrôle dans le cadre de l’IIA. Elles se pencheront également sur les prédispositions génétiques nécessaires pour que les chiens apprécient réellement les interactions sociales humaines. Cela conduit finalement à la question suivante : est-il éthiquement correct d’utiliser dans le travail social des chiens qui ne présentent pas ces caractéristiques ? À la fin de la conférence, les intervenants inviteront les participants à poursuivre la discussion sur ce sujet important. »

Définition des interventions assistées par l’animal (Melissa Winkle, Marie-Jose Enders-Slegers, Amy Johnson and Jo-Ann Fowler)

« Malgré les appels répétés à l’adoption d’une terminologie commune dans la pratique des interventions assistées par l’animal, il existe toujours des incohérences dans la manière dont les interventions assistées par l’animal (IAA) sont décrites, pratiquées et rapportées dans les documents de recherche et les médias. Cette absence de consensus a un impact sur la qualité des interventions, la qualité des résultats de la recherche, la définition de la formation, des qualifications et des compétences, et l’adoption de standards de pratique convenues.

L’AAII et l’IAHAIO ont récemment uni leurs forces pour faciliter les discussions sur les terminologies en vue de lever certaines ambiguïtés dans les définitions existantes, de remédier à l’absence actuelle de considérations relatives au bien-être animal dans les définitions et, idéalement, de parvenir à un consensus international sur des terminologies communes pouvant être appliquées dans la pratique et adoptées par les chercheurs.

Dans le prolongement du récent atelier ISAZ consacré à ce sujet plus tôt dans l’année, cet atelier examinera l’état actuel des discussions, invitera les participants à apporter leur contribution et esquissera des plans pour l’avenir. »

  • Attention aux termes : ce n’est pas l’animal qui est thérapeute
  • On a même des coquilles dans les articles scientifiques
  • On a évoqué le fait d’arrêter de dire « therapy dogs » (chiens de thérapie »
  • Pas tous les pros rentrent dans les catégorisations Thérapie Assistée par l’Animal, Activité Assistée par l’Animal, Education Assistée par l’Animal)
  • Toujours la nécessité de clarifier les terminologies

L’état de la science (Nancy Gee)

« Cette présentation donnera un aperçu général des preuves existantes dans le domaine de l’interaction homme-animal, en fournissant une perspective de développement, ainsi qu’une indication de la force et de la qualité des preuves. Elle explorera plus en détail les lacunes de nos connaissances et soulignera les orientations importantes de la recherche future, notamment la science de qualité sous toutes ses formes, les approches novatrices, les idées de la prochaine génération et les suggestions de collaborations interdisciplinaires et internationales. Il envisagera l’avenir sous la forme de propositions visant à traduire les preuves de plus en plus nombreuses en pratiques les plus efficaces et efficientes, en considérant les animaux comme des partenaires dans le processus qui méritent une bonne vie, tout en respectant systématiquement les normes générales et bien établies des meilleures pratiques. »

  • La pratique est récente mais en développement exponentiel depuis 10 ans
  • Importance d’avoir une approche biopsychosociale
    • Serpell, J., McCune, S., Gee, N., & Griffin, J. A. (2017). Current challenges to research on animal-assisted interventions. Applied Developmental Science, 21(3), 223-233.
    • Gee, N. R., Rodriguez, K. E., Fine, A. H., & Trammell, J. P. (2021). Dogs Supporting Human Health and Well-Being: A Biopsychosocial Approach. Frontiers in Veterinary Science, 8.
    • Glenk, L. M. (2020). A Dog’s perspective on animal-assisted interventions. In Pets as Sentinels, Forecasters and Promoters of Human Health (pp. 349-365). Springer, Cham.
  • S’assurer que l’animal apprécie d’être impliqué dans le travail
  • Toujours faire le lien entre théorie, recherche et pratique

Mécanismes sous-tendant les pratiques de MA (Marie-Jose Enders-Slegers, Richard Griffioen, Karin Hediger, and Steffi van der Steen)

« Plusieurs théories sont utilisées pour faire l’hypothèse des changements dans le bien-être physique, social et émotionnel comme effets des interventions assistées par l’animal : La théorie de l’attachement, la théorie du soutien social, la théorie de l’apprentissage social. Aucune théorie n’a été identifiée jusqu’à présent pour expliquer les mécanismes de ces changements.

L’objectif principal de cette présentation est de mettre en lumière le mécanisme sous-jacent censé expliquer (partiellement) les effets des interventions assistées par l’animal et de faire un premier pas pour voir si le concept théorique de synchronie peut être identifié dans un contexte de thérapie assistée par l’animal.

La synchronie peut être considérée comme un modèle rythmique de comportement qui est mutuellement régulé, réciproque et harmonieux. La synchronie est un modèle créé par deux partenaires d’interaction, et peut être exprimée comme une correspondance temporelle entre leurs comportements. Il est important de noter que la synchronie dans les interactions humaines facilite le développement des compétences émotionnelles sociales (par exemple entre la mère et l’enfant). On a donc émis l’hypothèse que les interventions assistées par les animaux peuvent contribuer à la capacité des clients à se synchroniser en offrant un contexte d’entraînement, dans lequel ils apprennent à se synchroniser avec l’animal. Pour illustrer notre propos, nous allons présenter quelques résultats de différentes études menées récemment aux Pays-Bas. »

  • Enactivisme
  • Biophilia
  • Attachement
  • Théorie socio-cognitive
  • Support social
  • Besoin d’un modèle intégratif
  • Synchronisation = Les 2 interactants doivent activement répondre à chacun
  • Articles Charlotte
  • Liens entre synchronisation, ocytocine et attunment (harmonisation, être en phase)

Standards de bien-être animal en MA (Marie-Jose Enders-Slegers, Karin Hediger, Elizabeth Ormerod, Brinda Jegatheesan)

« L’IAHAIO crée des lignes directrices internationales pour les meilleures pratiques en matière d’AAI. En s’appuyant sur le livre blanc de l’IAHAIO intitulé Definitions for Animal Assisted Intervention and Guidelines for Wellness of Animals Involved, (publié en 2014 et révisé en 2018), l’IAHAIO a mis en place un groupe de travail international et multidisciplinaire sur les  » normes de bonnes pratiques en matière d’interventions assistées par l’animal et de bien-être animal  » pour entreprendre ce travail important.

L’IAHAIO reconnaît qu’un excellent travail est déjà en cours dans les programmes d’IAA à travers le monde et qu’il existe de bons exemples de protocoles solides qui ont déjà été développés. Les membres de ce groupe de travail ont travaillé ensemble depuis 2018 pour élaborer des lignes directrices internationales pour les pratiques futures, y compris l’éducation et la formation des personnes travaillant avec des animaux, la sélection des animaux et les questions de bien-être animal.

Les lignes directrices internationales de l’IAHAIO serviront les objectifs plus larges suivants :

  • Apporter un plus grand professionnalisme dans le domaine.
  • Améliorer l’adoption dans le domaine
  • Renforcer la confiance des clients et du public dans ce domaine
  • Améliorer la qualité des programmes de l’AAI
  • Au cours de ce symposium, nous présenterons les directives internationales de l’IAHAIO concernant spécifiquement les soins, le bien-être et la formation en AAI pour.. :
    • les équidés
    • les petits animaux
    • les animaux de ferme »

Travail de groupe d’experts sur le sujet :

Au cas où :

IAHAIO : https://iahaio.org/#

AAII (Animal Assisted Intervention International) : https://aai-int.org/

ISAZ (International Society for AnthroZoology) : http://www.isaz.net/isaz/

ISAAT (International Society for Animal Assisted Therapy) : https://www.aat-isaat.org/


Pour rappel, je fais actuellement ma thèse sur le bien-être des chiens en médiation animale

1 article est déjà sorti dans la revue Complementary Therapy in Clinical Practice (en anglais donc) sur les représentations des intervenants français sur leurs pratiques de MA : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1744388121000554

1 article sortira dans la revue de l’IAHAIO sur la possible application du modèle anglophone distinguant Thérapie Assistée par l’Animal de l’Activité Assistée par l’Animal à la pratique française.

2 autres articles qui portent sur les représentations des intervenants sur le bien-être de leurs chiens en médiation animale

Et enfin 2 articles sur mes observations de terrain

La thèse sera rédigée en français mais étant une thèse sur article, il faudra attendre que je traduise les articles avant de pouvoir les lire si vous ne lisez pas l’anglais 😉

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