Le bonheur tiède

planet sub dog GIF by Nebraska Humane Society

J’ai décidé de faire un article « comme avant ». J’aime bien parfois questionner certains concepts et du coup voir aussi ce que ça vous amène de penser ces concepts au sein de la relation avec votre chien. Ça va donc être un peu plus fouillis que les articles de vulgarisation scientifique  🤫 . Je voulais donc aborder la notion de « bonheur tiède », que je questionne ici avec mes propres expériences donc libre à vous de ne pas forcément ressentir les mêmes choses. N’hésitez pas à mettre en commentaire comment VOUS ressentez ce concept avec votre chien ? Est-ce qu’il vous semble important ? etc. 🙂

J’ai découvert cette notion de « bonheur tiède » dans le cadre de mes recherches de thèse et je trouvais ça important de l’exporter sur ce blog car c’est, pour moi, un aspect primordial dans la vie avec un chien, et tout autre animal. C’est Marion Vicart (dont j’adore la façon de penser et de faire de la recherche) qui en parle dans son article « distraction et coprésence dans la communication humain/animal »*. Sa vision des relations humain-chien est intéressante puisqu’elle penche vers une phénoménographie équitable des interactions humain-chien.

[La phénoménographie anthropologique associe une double compétence : d’une part, observer et décrire le cours de l’action et surtout les modes de présence dans celui-ci ; d’autre part, réfléchir sur la spécificité de la différence anthropologique. SOURCE]

Le bonheur tiède c’est donc ces moments où il ne se passe « rien » dans la relation humain-chien : on ne demande rien à son chien de particulier, on profite juste chacun de nos présences mutuelles. Marion Vicart le défini comme une « manière particulière d’être distrait avec le chien, une périphérie de l’action ».

C’est intéressant car il semble que certains oublient ces moments. Beaucoup d’humains ne partagent que, ce que j’appelle, des moments non qualitatifs : des instants de frustration, de punition, de contrainte à toute épreuve qui ne sont bénéfiques ni pour l’un ni pour l’autre. Il n’y a pas de moments où le chien est libre de faire sa vie et on apprécie juste sa compagnie, on est constamment sur son dos car on cherche absolument à ce qu’il corresponde à nos critères d’humains. A tout faire pour qu’il réponde à nos attentes, on en oubli les simples moments de partage.

C’est d’ailleurs ce qu’on apprend dans la majorité des clubs canins : apprendre des ordres à son chien, (tenter de) parvenir à ce qu’il corresponde à nos attentes sans forcément prendre en compte son rythme et sa perception des choses, et sans prendre en compte l’importance de la création d’une relation de confiance avec lui. Heureusement, ça commence à changer ! Mais honnêtement, ça me fout la boule au ventre quand je vois des novices chiens à qui on apprend à être constamment sur le dos de leur chien. Au final à quoi ça sert ? Est-ce que ce qui est primordial lorsqu’on adopte un chien n’est pas justement d’apprendre à créer des moments ordinaires avec lui ? De juste apprendre à vivre ensemble et s’ajuster sans forcément vouloir à tout prix avoir un chien parfait ?

Dans une formation récente avec Corinne Martin, nous avons abordé le sens de nos attentes envers un chien. A quoi servent-elles ? Pour lui ? Pour nous ? Pour notre relation ? La plupart des attentes que l’on pose sur nos chiens ne leur servent à rien, elles peuvent bien évidemment servir à sa sécurité et sa vie sociale, mais évidemment encore en lien avec nos mondes humains.

Pour ma part, lorsque j’ai découvert l’éducation positive, ces histoires d’attentes m’ont vite sauter à la tronche. J’en parle un peu dans mon premier article. En se demandant, à quoi tout ça sert, on se rend bien vite compte qu’on en demande probablement bien trop à nos chiens. Et surtout qu’ils sont super sympas (/ils n’ont pas le choix) d’accepter tout ça. J’ai donc fait le choix d’en demander le moins possible à mon chien et je ne le regrette pas. Alors oui, comme dans toutes les relations humain-chien on quelques trucs à modifier mais globalement je pense qu’on a réussi à créer une relation de confiance solide composée à 90% du temps de moments de bonheur tiède, sans enjeux particuliers.

On se focalise beaucoup sur les interactions directes avec son chien mais si peu sur ces moments d’interactions indirectes comme lire à côté de son chien et échanger un regard, adresser un mot à son chien pendant qu’on s’occupe de la maison une balade silencieuse, prendre le temps de découvrir un environnement ensemble avec nos perceptions sensorielles respectives etc. Tout ça, ce sont des moments très importants dans une relation qui permettent d’établir une vraie relation de confiance.D’ailleurs, selon Marion Vicart, la confiance est une des principales composantes de ce « bonheur tiède ». Je trouve ça très juste car pour pouvoir s’accorder ces moments ordinaires, il faut avoir cette confiance établie. Et qu’est-ce que l’éducation sans ces deux aspects ? 💩

Je dis souvent que c’est important d’observer son chien. C’est encore plus dans ces moments que l’observation de son chien devient très intéressante : que fait-il quand on lui demande rien ? Quelles sont ses préférences ? Quel type de comportements choisi-t-il quand il a le choix ?

On peut aussi appliquer ça à la vie avec plusieurs animaux non humains. J’en ai fait l’expérience avec l’accueil de notre chat à la maison et ces petits moments de bonheur tiède qu’ils ont, petit à petit, appréciés.

Bref, tout ça pour dire, qu’il n’est pas obligé de se passer concrètement quelque chose pour vivre des moments de qualité avec son chien. D’ailleurs, je pense fondamentalement que c’est en passant à côté de ces moments qu’on en arrive à des relations humain-chien conflictuelles ou où le chien n’a plus aucune marge de manœuvre…

Si ce concept vous intéresse, je vous invite à cogiter dessus, à essayer de l’observer dans votre propre relation avec votre chien et à voir que ces moments sont vraiment qualitatifs ! ça me fait d’ailleurs penser à Corinne Martin (oui encore elle, j’ai adoré sa formation !!) qui évoquait les séances d’éducation où il ne se passe « rien ». Donc oui, visuellement, par rapport à certains cours d’éducation il ne se passe rien, mais en vrai il se passe 1000 fois plus de choses pertinentes ! Le bonheur tiède, c’est ça 😉

Pour aller plus loin :

*l’article de Marion Vicart se trouve dans le livre « La science [humaine] des chiens« , dirigé par Véronique Servais. C’est un livre très intéressant qui regroupe le récit d’experts de différentes disciplines sur la façon dont ils abordent le chien.

Penser le comportement animal


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