Référencement social et ajustement comportemental

Au programme cette semaine, un article de Duranton et al. (2016) qui ont mené une étude pour observer si les chiens font du référencement social avec leur humain et modifient leur comportement en fonction de celui-ci lorsqu’ils sont confrontés à un humain étranger. Ce paradigme avait déjà été étudié face à un objet inconnu mais c’est la première étude sur les humains non familiers.

(pour la petite histoire, Charlotte Duranton, la chercheuse principale de cet article, est celle qui m’a donné envie de faire le boulot que je fais aujourd’hui donc vous vous doutez bien que j’admire beaucoup son travail)

[Pour être sûr d’être claire, je vous traduis la définition de référencement social citée dans l’article : il est composé de regard de référencement (regards alternés entre le stimulus et l’informant) et d’une régulation comportementale basée sur la réaction de l’informant (Russell, Bard, & Adamson, 1997) = recherche d’informations pour savoir quelle attitude adopter]

Ils ont donc observé la réaction de 72 chiens (moitié molosses moitié bergers) face à un étranger les approchant de manière neutre. Le lieu de rencontre était le même pour tous les chiens et inconnu de tous (avec un temps de reniflage de 10 min pour s’y habituer). Leur propriétaire pouvait agir de 3 façons : neutre, s’avancer ou reculer. Les humains ne devaient pas montrer d’émotion, parler avec leur chien ou le regarder (car ils voulaient se focus sur les effets du mouvement). Les chiens étaient sans laisse pendant toute l’expérimentation de sorte à être libres de leurs mouvements.

📊Résultats

Il y en a beaucoup donc je vous mets les plus importants, n’hésitez pas à aller lire l’article en entier pour regarder tous les résultats et checker les nombreuses références bibliographiques

  • Les chiens ont utilisé du référencement par le regard en alternant le regard entre leur humain et l’étranger
  • Dans la condition où leur humain reculait, les chiens ont regardé l’étranger plus tôt mais ont mis plus de temps à entrer en contact avec lui par rapport aux autres conditions
    • dans cette même condition, les chiens interagissaient plus avec leur humain
Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est image-10.png
Duranton et al. (2016) – temps avant le premier contact avec l’expérimentateur ; AP = condition « approche », SS = condition statique, MB = condition mouvement de retrait
  • Effet du sexe :
    • les femelles regardaient plus tôt et plus longtemps leur humain que les mâles
    • globalement les femelles faisaient plus de regards de référencement et d’alternance de regards que les mâles
    • dans la condition d’approche, les mâles passaient plus de temps près de leur humain que les femelles
    • les mâles passaient plus de temps à bouger dans la condition statique et de retrait que dans la condition d’approche
    • les mâles urinaient plus que les femelles
Duranton et al. (2016) – regard de référence vs alternance des regards en fonction du sexe des chiens
  • Effets de la race :
    • les molosses semblaient plus indépendants que les bergers = ils prenaient plus de temps que les bergers à aller vers leur humain
    • les molossoïdes regardaient plus longtemps l’expérimentateur que les bergers
    • les molossoïdes passaient plus de temps en contact avec l’expérimentateur que les bergers dans la condition statique
    • les molossoïdes passaient plus de temps en mouvement que les bergers
Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est image-11.png
Duranton et al. (2016) – temps passé avec l’humain étranger ; AP = condition « approche », SS = condition statique, MB = condition mouvement de retrait
  • Effets de l’âge :
    • les chiens plus vieux passaient plus de temps au contact de leur humain que les jeunes chiens
      • -> les vieux chiens explorent moins
    • les jeunes chiens gémissaient plus longtemps que les plus vieux

.

📑Conclusion

Les chiens montrent effectivement des signes de référencement social (regard et alternance du regard) et modifient leurs comportements envers un étranger en fonction de l’attitude de leur humain (cf chien met plus de temps à aller au contact de l’inconnu quand son humain recule). Il y a donc une idée de synchronisation comportementale avec leur humain. C’est particulièrement intéressant quand on dit que votre comportement influe sur celui de votre chien : par exemple quand vous croisez un autre chien en promenade et que vous tendez la laisse et vous figez, il y a des risques pour que votre chien perçoivent la situation comme menaçante et réagisse soit en reculant soit par l’agressivité. Aussi, les chiens cherchent plus à interagir avec leur humain dans situation de retrait -> recherche d’information/réassurance. Là je trouve qu’on voit particulièrement l’intérêt le terme d’humain référent !

L’auteure explique que la situation statique pouvait également avoir un effet négatif sur le chien car ce n’est pas un comportement naturel et peut être interpréter par le chien comme du freezing ; du coup cette situation contrôle ne l’était peut être pas.

Selon les auteurs, les différences de races (dans la situation statique) sont possiblement dues à ce pour quoi les races ont été sélectionnées : les bergers sont plus focus sur leur humain; les mollossoïdes ont plus un comportement de protection.

Les effets liés au sexe ont également été trouvé sur une étude chez les enfants : les filles regardaient plus leur mère quand elle montrait une réaction émotionnelle négative (Mumme et al., 1996) –> potentiellement plus de recherche d’information / de support par les femelles.

Pour aller plus loin :

Duranton, C., Bedossa, T., & Gaunet, F. (2016). When facing an unfamiliar person, pet dogs present social referencing based on their owners’ direction of movement alone. Animal Behaviour113, 147-156.

Russell, C. L., Bard, K. A., & Adamson, L. B. (1997). Social referencing by young
chimpanzees (Pan troglodytes). Journal of Comparative Psychology, 111
.

Mumme, D. L., Fenald, A., & Herrera, C. (1996). Infants’ responses to facial and vocal
emotional signals in a social referencing paradigm. Child Development, 67

Merola, I., Prato-Previde, E., & Marshall-Pescini, S. (2014). Dogs’ comprehension of referential emotional expressions: familiar people and familiar emotions are
easier. Animal Cognition, 17

Merola, I., Prato-Previde, E., & Marshall-Pescini, S. (2012a). Social referencing in dog
owner dyads? Animal Cognition, 15


Merola, I., Prato-Previde, E., & Marshall-Pescini, S. (2012b). Dogs’ social referencing
towards owner and strangers? PLoS One, 7(10).


Pour être informé des dernières nouveautés, n’hésitez pas à me suivre sur les réseaux sociaux et/ou directement vous abonner à la newsletter 😉

🐕 Facebook : Comportement canin – Alice Mignot

 🐶 LinkedIn : Alice Mignot

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s