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Colloque international : le bien-être animal – de la science au droit

Je voulais faire un résumé de ce colloque magnifique organisé par La Fondation Droit Animal, Éthique et Sciences (10/11 décembre 2015). Malheureusement je n’aurai pas le temps de tout détailler… Je vais donc très vite reprendre ce qu’il s’est dit. (Un ouvrage sur ces 2 jours sortira prochainement pour ceux qui veulent plus de détails).

Je remercie grandement la fondation et les différents intervenants et personnes présentes de m’avoir redonné de l’espoir dans la cause animale.

Évidemment, on a parlé de bien-être animal dans les élevages (pour la viande surtout), en tant que végétarienne en chemin vers le végétalisme j’ai été un peu perturbée par cela. En effet, une question me taraude l’esprit depuis longtemps sur les élevages respectueux : pourquoi chercher à améliorer le bien-être animal en élevage alors qu’on pourrait tout simplement arrêter de les emmerder ? J’ai trouvé ma réponse pendant ce colloque : l’exploitation des animaux ne s’arrêtera pas de si tôt, il faut donc veiller à ce qu’elle se fasse dans le moins de souffrance physique et mentale possible et informer les gens sur ce à quoi ils participent sans parfois en avoir conscience.

1/ Qu’est-ce que le bien-être animal ?

Historiquement, l’animal a souvent été mis de côté par les philosophes comme un être vivant qui ne pense pas, qui n’a pas accès à la rationalité et qui ne parle pas. Heureusement que Bentham était là pour poser la vraie question : pas est-ce que les animaux peuvent raisonner mais est-ce qu’ils peuvent souffrir ? Car oui, c’est la vraie question quand on parle de bien-être animal. À la suite de cela, Singer, Regan, Youatt, Darwin et Romanes ont participé à la reconnaissance de l’animal comme un être avec des sentiments qui peut ressentir la douleur. La définition du bien-être animal de Dawkins englobe la bonne santé physique (absence de maladie/blessure) et mentale (absence émotions négatives prolongée, recherche d’émotions positives)

Là, se pose la question de comment évaluer le bien-être animal ? En effet, ceux-ci ne peuvent pas parler. On va donc chercher des critères de bien-être animal. Les animaux sont sensibles à la nouveauté et à la valence positive ou négative des situations. Il est donc possible d’induire un état affectif plus positif chez les animaux ce qui permettra à augmenter leur bien-être.

Les critère d’évaluation sont des éléments vérifiables : état corporel, comportements de couchage, propreté, test d’approche de l’humain, interactions entre animaux etc. La question est alors pour évaluer le bien-être dans un troupeau : il faut s’intéresser au bien-être moyen ou se concentrer sur les animaux les moins biens physiquement ? Les élevages sont alors classés entre : non classé, acceptable (insuffisant pour label de bien-être), amélioré (bonne pratique), excellent (labellisé). Il n’y a pas de compensation entre les différents critères mais pour encourager l’amélioration des élevages, on regarde si sur au moins N critères il est acceptable ^^.

La question de la définition de bien-être a également été abordée. En effet celui-ci diffère de la bientraitance qui n’engage que personne qui le donne. Il serait temps de faire une « zoolinguistique » de façon à ce qu’on puisse décrire le monde animal sans employer des mots humains qui ne sont pas forcément adaptés et anthropomorphistes. Et étendre le terme de sentience animale à une plus grande part de la population !

Au niveau juridique, il manque de cohérence sur les droits des animaux. De plus, les animaux sauvages (non captifs) ne sont pas protégés ce qui pose un gros problème. En effet, on protège les animaux « entretenus » par l’homme parce qu’ils ont une sensibilité mais les animaux sauvages aussi donc pourquoi les exclure ? La définition même de ce qu’est un animal nécessitant une protection est encore très vague.

(Il a été d’ailleurs rappelé que les poissons aussi ont des sensations de douleurs, des capacités cognitives, d’apprentissage, d’anticipation d’évènement etc. il y a donc également un travail à faire sur leur bien-être)

 

2/ Prise en compte du bien-être animal par la législation dans le monde

Au niveau européen il y a pas mal de règlementations sur le traitement des animaux, cependant celles-ci ne s’appliquent pas dans tous les cas, par exemple les faits culturels/religieux (corrida par exemple). Là aussi se pose la question de spécisme et pourquoi améliorer le bien-être de certains animaux et pas d’autres sous couvert de la culture ? Ces règlementations ont en tout cas permis des évolutions pour les poules pondeuses (interdiction des cages), pour les veaux (pas complète isolation, droit à la lumière et ne pas être attachés), pour les cochons (au moins une partie de leur vie hors cage) etc.. Ça ne paraît évidemment pas grand chose mais en réalité c’est déjà assez énorme ! Surtout que cela permet que ces règles s’exportent aux autres pays important en Europe. Il a d’ailleurs été mis en avant que le « rendement » était meilleur si les animaux sont mieux traités ^^. II y a donc des règlementations sur l’élevage mais aussi sur les transports et l’abattage.

Il y avait une partie juridique mais ce n’est pas du tout ma spécialité et j’ai peur de dire des conneries. Donc globalement il n’y a des constitutions pour la protection animale qu’en Allemagne, Autriche et Suisse; et de constitution de bien-être animal qu’en Suisse. Pour plus de précision, se référer au bouquin 😉 En conclusion, il ne faut pas trop miser sur le bien-être animal pour faire évoluer le droit mais sur l’obligation de bientraitance qui serait un moyen juridique d’imposer au détenteur que son animal soit en situation de bien-être.

Les États-Unis sont vraiment compliqués pour les mesures de protection animale, en effet il y a une limite entre les lois de l’état fédéré et fédéral (que je n’ai pas totalement compris). En fait en matière de bien-être animal, c’est les accords privés qui marchent le mieux : tel établissement décide de ne plus vendre de foie gras par exemple.

Il a été très intéressant d’avoir 3 intervenants d’Amérique du Sud et Centrale, d’Afrique du Sud et un des pays asiatiques pour nous parler du bien-être dans leur pays. 2 choses m’ont particulièrement marquée : déjà l’engagement et les initiatives proposées qui étaient très supérieurs à mes attentes.  Par exemple, en Amérique Centrale un travail pour plus de transparence sur les étiquetages, l’interdiction des tests sur les animaux pour les cosmétiques dans de nombreux états du Brésil, une priorité en Afrique du Sud à ce que l’animal ne souffre pas et meurt dans le respect, la mise en place d’amende pour maltraitance en Malaisie etc. L’autre dimension était la dimension religieuse avec laquelle j’ai du mal vu que je suis athée et pour moi tuer un animal pour la religion est autant absurde que de tuer un animal pour avoir son petit steak. Cependant, même dans ce domaine, on a pu voir que certaines règles sont mises en place pour diminuer la souffrance animale.

À ce moment là de la conférence, c’était un peu difficile pour moi parce que j’avais l’impression qu’on me vendait l’élevage comme étant quelque chose de bien et respectueux, là ma vision personnelle des choses a buggé : l’égoïsme de prendre la vie d’un animal pour un plaisir humain. Cela ne me réconcilie donc évidemment pas avec la consommation de produits animaux mais je trouve cela quand même touchant que des personnes se battent pour règlementer cela et faire en sorte que la souffrance animale soit moindre.

 

3/Le bien-être face aux facteurs socio-économiques et culturels

J’en ai retenu principalement que le coût essentiel pour le bien-être animal est rentable puisque les bénéfices y sont supérieurs. Ensuite, l’essentiel du coût du bien-être animal se répercute sur l’agriculteur et pas sur le consommateur donc il faut arrêter de se plaindre de l’augmentation du prix de la viande hein ! (Autant ne pas en acheter héhé).

Il n’y a pas de corrélation significative entre la taille de l’élevage et le bien-être animal (basé sur les boiteries des vaches majoritairement). En effet, dans les grands élevages plus modernes, il semblerait que les normes d’hygiène, d’espace, de relation avec l’humain et les autres animaux soient mieux respectées. Je veux bien y croire mais j’ai quand même du mal avec ces élevages énormes. On parle des 1000 vaches hein ?

Rappel : la France est le plus gros producteur d’œufs et de viande bovine de l’Europe, 2ème dans le lait. L’amélioration du bien-être animal est donc essentielle. Il y a eu des améliorations, et des labels (label rouge, cooper, carrefour) mais j’ai plus l’impression que ces labels viennent de gens qui n’en ont pas grand chose à faire des animaux quand même…

 

4/ Objectifs pour l’avenir : trouver des alternatives, pallier les manques en terme de bien-être animal

J’ai trouvé intéressant qu’on parle enfin des animaux captifs. L’amélioration se fait majoritairement dans une approche comportementale où on cherche à ce que l’animal ait des structures lui permettent de présenter l’ensemble de son répertoire comportemental. À partir de là, il y a plusieurs types d’enrichissement : physique (taille et complexité enclos), social (même espèce ou avec d’autres espèces), cognitif (surtout la recherche de nourriture), sensoriel et alimentaire (là on a un problème pour les carnivores).  Il y a donc du travail qui se fait dans certains zoos. Mais on a pas parlé de Marineland hein !

Broom a évoqué les pratiques douloureuses tolérées, on retrouve :

  • traitement vétérinaire
  • sport/tradition à vocation de divertissement pour l’homme
  • castration, coupes d’oreilles etc.
  • tradition gastronomique
  • dressage animalier : LES ÉDUCATEURS COERCITIFS
  • élevage
  • mise à mort sans cruauté
  • tradition religieuse

Je suis tombée amoureuse de Broom pendant cette conférence. Il a une façon d’aborder les choses tellement réaliste et objective. Bien évidemment, il nous a décrit ces pratiques et expliqué à quel point elles sont barbares et doivent être arrêtées. Mais je pense que là c’est un travail que chacun peut faire individuellement. Chacun choisit tous les jours s’il veut être ou non le complice de la souffrance animale. Car, s’il n’y avait pas de demande, il n’y aurait plus d’offres !

En conclusion, il faut de l’information et de la formation pour diffuser le savoir-faire du bien-être animal et sa nécessité. C’est en s’y mettant tous et avec des chercheurs comme ceux que j’ai vu pendant ce colloque que les choses peuvent avancer.

 

 

Ici le programme pour que vous ayez le nom des intervenants :

DepliantColloqueLFDA2015

Je vous renvoie aussi à :

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passionnée par les animaux et diplômée de psychologie, j'entame un doctorat sur le bien-être canin en zoothérapie. Ce blog est l'occasion de partager mes connaissances que ça soit sur la médiation animale ou sur la relation plus globale avec son chien.

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